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Femmes en maths : portraits

Au fil de l’actualité et de nos recherches, nous ajoutons des éléments biographiques de mathématiciennes. Ces éléments sont à géométrie variable. N’hésitez pas à nous signaler des erreurs ou ommissions et à nous aider à compléter cette rubrique.

[Toutes A B C D E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z   ]


ARTIGUE Michèle

Michèle Artigue est née en 1946 à Bordères sur l’Echez dans les Pyrénées, elle y a passé son enfance et en a conservé l’accent auquel elle tient beaucoup. Elle entre ensuite à l’Ecole Normale Supérieure de Jeunes Filles et est reçue première ex aequo à l’agrégation de mathématiques en 1969. Elle prend un poste d’assistante à la Faculté des sciences (la Halle aux vins comme on disait alors) et soutient une thèse de Logique sous la direction de Daniel Lacombe . Puis elle s’oriente vers la recherche en didactique dans l’équipe d’André Revuz et lors de sa création rejoint l’Université Paris 7 (actuellement Paris Diderot) avec l’ensemble de l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques (IREM). Elle commence par travailler dans les pas de Guy Brousseau sur les situations didactiques à l’école élémentaire. Son doctorat d’Etat en 1984 aura pour sujet la reproductibilité des situations didactiques. Elle a ensuite cherché à structurer les observations faites dans les classes et à trouver un langage commun pour décrire les études menées dans divers pays d’Europe, assurant ainsi une communication efficace entre chercheurs et chercheuses (c’est le programme Lexicon). Enseignant les étudiants des premiers cycles des universités, elle a étendu ses recherches didactiques aux premières années d’université. Elle s’est aussi préoccupée de l’intégration des nouvelles technologies dans l’enseignement des mathématiques, tant scolaire qu’universitaire. Nombre de ces études ont été sollicitées par l’Education Nationale ou par l’ICMI (International Commission for Mathematical Instruction) qu’elle a présidée de 2007 à 2009. Elle commence par travailler dans les pas de Guy Brousseau sur les situations didactiques à l’école élémentaire. Son doctorat d’Etat en 1984 aura pour sujet la reproductibilité des situations didactiques. Elle devient Professeure à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Reims en 1991 puis revient à l’Université Paris 7 en 1999. Elle y a dirigé l’Ecole doctorale de Didactique ainsi que l’IREM. Elle a fait partie du bureau éditorial de plusieurs revues et s’est impliquée dans divers projets européens et internationaux. C’est elle qui a coordonné le rapport de l’Unesco sur les mathématiques dans la scolarité de base publié en 2011. Elle a participé à la Commission de réflexion sur l’Enseignement des Mathématiques dite commission Kahane. Elle a obtenu en 2013 la médaille Felix Klein ainsi que la médaille Luis Santalo du CIAEM (Comité Interaméricano de Education Matematica), commission régionale affiliée à l’ICMI.


BALADI Viviane

Viviane Baladi est directrice de recherches CNRS au Laboratoire de Probabilités, Statistique et Modélisation, Sorbonne Université.
Née en 1963 à Genève, Viviane Baladi obtient une maîtrise en mathématiques et informatique en 1986 de l’Université de Genève, puis un doctorat, en 1989. Elle entre au CNRS en 1990, où elle est directrice de recherche depuis 2002.
Elle a été conférencière invitée au congrès international des mathématiciens à Séoul en 2014.

En 2019, elle reçoit la médaille d’argent du CNRS.


BARRIEU Pauline

Pauline Barrieu est professeure de statistique à la London School of Economics and Political Science. Elle est lauréate du Prix Louis Bachelier 2018 décerné par la London Mathematical Society, la SMAI et la fondation Natixis pour la recherche quantitative.


 BENZONI-GAVAGE Sylvie 

Sylvie Benzoni est entrée en 1987 à l’Ecole Normale Supérieure de Saint Cloud; elle a été l’une des rares jeunes femmes à y faire ses études puisque le concours d’entrée de cette école pour jeunes gens était devenu mixte en 1981 et qu’en 1987 l’Ecole a déménagé à Lyon et pris le nom d’ENS Lyon. Denis Serre fut muté à Lyon à l’occasion de ce déplacement et Sylvie entama avec lui sa formation de chercheuse ; elle fit une thèse à caractère industriel sur les écoulements dans les réseaux de production pétrolière ; l’année suivante elle obtint un poste de Chargée de Recherches au C.N.R.S. et continua à travailler en Mathématiques Appliquées (Equations aux dérivées partielles et écoulement des fluides). En 2003 elle est devenue Professeure à l’Université de Lyon et quelques années plus tard elle dirigera l’Institut Camille Jordan.
Depuis novembre 2017 elle dirige l’Institut Henri Poincaré. Parallèlement à ses travaux de recherche Sylvie a toujours participé à l’animation scientifique et administrative des Mathématiques et s’est beaucoup intéressée aux questions d’enseignement (elle a rédigé un livre pour les étudiants sur les équations différentielles et un autre destiné aux chercheurs avec Denis Serre), aux relations avec les entreprises  et à la sensibilisation du public (elle fait partie du comité « raising public awareness » de la Société Européenne de Mathématiques et du comité de Culture Mathématique de l’IHP).


BERTHÉ Valérie

Valérie Berthé, née en 1968 à Lorient, est une mathématicienne française reconnue pour son travail sur les interfaces mathématiques-informatique. Elle est directrice de recherche au CNRS, actuellement attachée à l’Institut de Recherche en Informatique Fondamentale (IRIF) de l’Université Paris Diderot après avoir travaillé à l’Institut de Mathematiques de Luminy (IML) à Marseille et au Laboratoire d’Informatique, de Robotique et de Microelectronique (LIRMM), de Montpellier.

Après des études à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, Valérie Berthé a soutenu une thèse de doctorat en 1994 à l’Université de Bordeaux sous la direction de Jean-Paul Allouche. Son travail de recherches se concentre sur les propriétés des systèmes dynamiques avec des applications riches en arithmétique, en théorie ergodique, en cryptographie et en combinatoire des mots. Valérie a une centaine de publications à son actif et elle a dirigé une dizaine de thèses de doctorat. Elle et ses collègues de Marseille ont publiés sur le pseudonyme Pytheas Fogg, un clin d’oeil à Phileas Fogg, protagoniste voyageur de Jules Verne et Pythéas, ancien explorateur scientifique de Marseille.

Il faut noter l’implication importante de Valérie Berthé dans la vie de la communauté mathématique. A titre d’exemple, elle a été chargée de mission au CNRS pour les relations entre mathématiques et informatique, vice- présidente en charge des publications de la SMF, directrice associée de la Fondation Sciences Mathématiques de Paris et membre de la mission Villani-Torossian qui a établi un rapport sur l’enseignement des mathématiques en France.

En 2013, Valérie Berthé a été nommée chevalière de l’Ordre National de la Légion d’honneur.

Valérie Berthé soutient activement la cause de la parité en mathématiques. Elle a fait partie du Conseil d’Administration de l’association Femmes et Mathématiques de 2009 à 2012 et elle est membre du Comité de programme du Forum des jeunes mathématiciennes depuis 2010. Elle a fait une conférence intitulée Dynamique de type Pisot et quasicristaux pour les trente ans de l’association en 2017.

Au niveau européen , elle a été la présidente du comite d’organisation du International Meeting of European Women in Mathematics en 2003.


CASSOU-NOGUES Pierrette

Pierrette Cassou -Noguès est née en 1945 à Rabat au Maroc. Elle fait ses études universitaires à la Faculté des sciences de Bordeaux jusqu’au concours de l’agrégation de mathématiques. À la fin de ses études elle y obtient un poste d’assistante. Elle prépare ensuite une thèse sous la direction de Jean Fresnel, qu’elle termine en 1971. Elle soutient en 1978, toujours sous la direction de Fresnel, un doctorat d’État dont le titre est « Valeurs sur les entiers des fonctions zêta des corps de nombres et des fonctions L des courbes elliptiques ».

Une partie de ce travail sera publié dans le très réputé journal Inventiones mathematicae. Elle s’intéresse à l’interface entre la théorie des nombres, essentiellement p-adique, mais aussi complexe, et la géométrie algébrique.

Pierrette Cassou -Noguès est née en 1945 à Rabat au Maroc. Elle fait ses études universitaires à la Faculté des sciences de Bordeaux jusqu’au concours de l’agrégation de mathématiques. À la fin de ses études elle y obtient un poste d’assistante. Elle prépare ensuite une thèse sous la direction de Jean Fresnel, qu’elle termine en 1971. Elle soutient en 1978, toujours sous la direction de Fresnel, un doctorat d’État dont le titre est « Valeurs sur les entiers des fonctions zêta des corps de nombres et des fonctions L des courbes elliptiques ». Une partie de ce travail sera publié dans le très réputé journal Inventiones mathematicae. Elle s’intéresse à l’interface entre la théorie des nombres, essentiellement p-adique, mais aussi complexe, et la géométrie algébrique.

En 1980 elle est nommée professeuse à l’Université de Bordeaux I (actuelle Université de Bordeaux). Elle fait la même année un séjour à l’IAS (Institute for Advanced Study) à Princeton. Elle passe une partie des années 1983 et 1987 à l’IHES (Institut des hautes études scientifiques) à Bures-sur-Yvette. En 1985 elle occupe aussi le poste de Benjamin Peirce Fellow in Mathematics à l’Université de Harvard et en 2000 passe un semestre à l’Université Complutense de Madrid. Elle devient Radcliffe Fellow entre 2005 et 2007 et séjourne au Radcliffe Institute for Advanced Study. Le Radcliffe College était une université pour femmes fondée en 1879 comme annexe de l’Université Harvard (alors réservée aux hommes) et faisait partie avec Vassar College et Bryn Mawr College des « sept universités soeurs » du Nord-Est des États-Unis, pendant pour des universités réservées aux femmes de l’Ivy League (rassemblant des universités prestigieuses réservées aux hommes). À partir de 1943 un rapprochement institutionnel du Radcliffe College se fait progressivement avec l’Université Harvard, ce qui aboutit à son intégration en 1999 en tant que Radcliffe Institute for Advanced Sudy, institut pluridisciplinaire accueillant des chercheurs et chercheuses confirmées.

Pierrette Cassou-Noguès est actuellement professeuse émérite à l’Université de Bordeaux.


CHATZIDAKIS Zoé

Zoë Chatzidakis est directrice de recherches CNRS à l’Ecole Normale Supérieure. Elle a obtenu son PhD (thèse de doctorat), en 1984 à l’université de Yale, puis, après quatre années à l’université de Princeton, elle rejoint l’équipe de logique, au CNRS à Paris VII. Elle participe très activement à l’organisation de colloques et de rencontres à l’échelon national ou international, Elle est lauréate 2013 du prix Leconte  de l’Académie des sciences, créé en 1886, et  attribué « soit aux auteurs de découvertes nouvelles et capitales en mathématiques, soit aux auteurs d’applications nouvelles de cette science, applications qui devront donner des résultats de beaucoup supérieurs à ceux obtenus jusque là ». Lors de l’attribution de ce prix, elle a été décrite comme « une logicienne, spécialiste mondialement reconnue de la théorie des modèles, qui a déduit des résultats spectaculaires sur l’arithmétique des corps de fonctions, là où la géométrie algébrique classique ne fournissait pas les résultats attendus ». Signe de cette reconnaissance internationale dans son domaine, elle est conférencière invitée à Séoul -ICM 2014, dans la section logique et fondements.

Exposé de Zoé Chatzidakis au Forum “Les mathématiciennes au regard de l’excellence”, IHP, 2014


COSTES Josette

Josette Costes est née le 16 décembre 1948 dans la banlieue Sud de Paris. Après des études à Athis-Mons et à Savigny-sur-Orge, puis au Lycée Fénelon à Paris, elle entre en 1968 à l’École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses où elle passe l’agrégation de mathématiques. Elle y prépare aussi un DEA d’Économétrie et participe activement aux séminaires de psychologie organisés à l’École.

Elle enseigne dans deux lycées parisiens puis s’occupe de la formation des professeurs à l’École normale des Batignolles à Paris jusqu’en 1986. Elle est ensuite chargée de l’enseignement des mathématiques dans le Cycle préparatoire intégré de l’Enseeiht (Institut national polytechnique de Toulouse).

Dès 1993 elle rejoint l’équipe Simone-Sagesse à l’université de Toulouse-Le Mirail et l’équipe Genre et éducation de l’IUFM Midi-Pyrénées. Elle a réalisé des études sur la place et la représentation des femmes dans le sport, les centres de loisirs, la littérature pour enfants, les manuels scolaires. Ses ami·es se souviennent avoir, décimètre en main, calculé la surface totales des illustrations montrant des femmes et montrant des hommes dans divers manuels de mathématiques, démontrant ainsi que ces manuels concourent à promouvoir fermement l’idée que les mathématiques sont faites pour les garçons. Elle a aussi organisé et animé des formations à l’égalité entre les sexes pour personnels éducatifs… et occupé les fonctions de chargée de mission égalité hommes femmes au sein de la municipalité de Ramonville-Saint-Agne (ville qui a tout d’un coup fait passer à 25 % la proportion de rues portant un nom de femme).

Josette racontait qu’elle n’avait pas eu une enfance très heureuse et que les mathématiques avaient été pour elle, dès qu’elle avait compris l’idée de démonstration, un grand soutien : en mathématiques on démontre les choses, on sait où on en est et chacun·e peut s’exprimer et faire valoir sa propre solution.

Josette est morte d’un cancer le 24 décembre 2017.


DALIBARD Anne-Laure

Lille 2018

La médaille de bronze 2018 du CNRS est décernée à Anne-Laure Dalibard (LJLL-Sorbonne Université), professeure à Sorbonne Université depuis 2014, après avoir été chargée de recherches au CNRS. Elle a effectué sa thèse en 2007 sous la direction de Pierre-Louis Lions et une année de post-doctorat avec Laure Saint-Raymond. Elle travaille sur les équations aux dérivées partielles et s’intéresse en particulier aux fluides géophysiques, aux modèles de rugosité en mécanique des fluides, aux lois de conservation scalaires et à l’homogénéisation dans un cadre périodique ou aléatoire.


DAUBECHIES Ingrid

Le 1° janvier 2011, Ingrid Daubechies est devenue la première femme présidente de l’Union Mathématique Internationale (IMU), depuis la création  de cette instance en 1920. L’IMU organise tous les quatre ans le Congrès international des mathématiciens. A cette occasion sont décernées les médailles Fields, équivalent du prix Nobel pour les mathématiques. Ingrid Daubechies a donc présidé le congrès de 2014, à Séoul, où, pour la première fois aussi dans l’histoire, une femme, Maryam Mirzakhani, a reçu cette prestigieuse distinction.

Ingrid Daubechies est mondialement reconnue pour sa contribution au développement d’une famille de fonctions, les ondelettes, dont certaines portent son nom. Sa méthode a des applications les plus diverses, dont la transformation en format JPEG 2000, qui permet une plus grande compression des images, et rend les contours plus nets et contrastés.

Son intérêt pour les mathématiques ne s’est pourtant déclaré qu’à la suite de son doctorat en physique théorique obtenu à l’Université libre néerlandaise de Bruxelles, en 1980, à l’âge de 26 ans. Dans un essai autobiographique, elle écrira : « En terminant ma thèse, j’ai réalisé que les outils mathématiques que j’avais étudiés en profondeur avaient des applications dans d’autres domaines que la physique. J’ai alors décidé de m’y concentrer. ». Elle ajoutera un peu plus loin : « Et voici pourquoi je suis maintenant considérée comme mathématicienne. ». Nous ajouterons que c’est l’une des plus éminentes.

Ingrid Daubechies est née à Houthalen, une petite ville minière de Belgique, où son père était ingénieur dans les mines de Charbon. Sa mère était criminologue. Ingrid, encouragée par son père à cultiver l’intérêt qu’elle montrait pour les mathématiques et sa curiosité pour les sciences, poursuit donc des études de physique à Bruxelles. Après un court séjour aux États Unis, sur un poste de chercheur post doctoral, elle revient à Bruxelles comme enseignante au département de physique théorique. En 1987, elle s’installe définitivement aux États Unis, où elle rejoint son futur mari, Robert Calderbank, aussi mathématicien. Ils travaillent tous les deux au centre de recherche des laboratoires AT&T Bell. C’est là, en 1988,  qu’elle fait sa découverte fondamentale sur les ondelettes, émerveillant même les mathématiciens avec qui elle avait collaboré, Yves Meyer et Alex Grossmann, entre autres.

Entre 1992 et 1994 elle enseigne au département de mathématiques de l’Université Rutgers dans le New Jersey. Elle y publie son important ouvrage Ten lectures on wavelets, qui lui vaudra le Steel Prize de la Société américaine de mathématiques.

En 1994 elle obtient un poste de professeure à Princeton. Elle est la première femme à y occuper une telle position en mathématiques. Depuis 2011 elle est professeure à l’Université Duke en Caroline du nord.

Ouverte à tous les domaines de recherche, Ingrid Daubechies collabore par exemple avec des chercheurs et chercheuses en neuro psychologie, pour améliorer les enregistrements de l’oxygénation du cerveau ; elle travaille aussi avec des paléontologues, qui comparent les molaires d’espèces disparates dans le but d’élucider des questions d’évolution ; elle apporte son aide aux historien-ne-s de l’art  pour exploiter, de façon mathématique, les images fragmentaires obtenues par rayon X, infrarouge et luminescence, …

Sa méthode est d’écouter, d’être ouverte à la discussion, de prendre du temps, pour trouver la solution à des problèmes scientifiques concrets qui peuvent se poser.

Son œuvre mathématiques a été honorée de nombreux prix, dont le Ruth Lyttle Satter prize en 1994, pour « sa profonde et belle analyse des ondelettes et leurs applications » ; en 2000 elle est la première femme à être récompensée, en mathématiques, par l’Académie des sciences américaine, pour ses découvertes fondamentales sur les ondelettes ; en septembre 2006, elle a reçu du conseil international pour les mathématiques appliquées et industrielles le Pioneer Prize pour ses travaux fondamentaux en mathématiques et leurs applications. En 2018, elle est lauréate du Prix William Benter.Et cette liste n’est qu’un reflet très partiel des nombreuses récompenses qu’elle a reçues au cours de sa carrière qui est loin d’être achevée.
En 2019, elle est lauréate du Prix L’Oréal-UNESCO pour l’Amérique du Nord.

Simple et discrète elle avoue, en dehors de ses travaux de mathématiques,  apprécier passer du temps avec ses deux enfants, faire du jardinage, de la cuisine ou lire. Mais, toujours passionnée, lorsqu’on l’interroge sur le titre de Baronne que lui a décerné le roi Albert II en 2012, elle déclare : « Tant mieux si cela peut servir à faire parler des maths ! »

Indications bibliographiques :

DAUBECHIES Ingrid, « Thought problems », Complexities, women in mathematics, CASE Bettye Anne et LEGGET Anne, éditors, Princeton University Press, 2005, p. 358-361.

HAUNSPERGER Deanna et KENNEDY Stephen, « Coal miner’s daughter », Math Horizons, Mathematical Association of America, avril 2000, p. 571-580.


DELON Julie

Julie Delon, professeure de mathématiques appliquées à l’université Paris-Descartes, a introduit l’application du transport optimal en traitement d’images ainsi que de nouvelles approches algorithmiques pour la restauration d’images à partir de modèles stochastiques, donnant lieu à d’importantes applications industrielles. Elle est membre junior de l’IUF depuis 2017. Julie Delon est lauréate du prix Blaise Pascal 2018, mis en place par la SMAI et décerné par l’Académie des Sciences. Ce prix  récompense un-e chercheur-e, âgé-e au plus de 40 ans, pour un travail remarquable réalisé en France sur la conception et l’analyse mathématique de méthodes numériques déterministes ou stochastiques utiles pour la résolution des équations aux dérivées partielles.


DUBREIL-JACOTIN Marie-Louise (1905-1972)

Entre les deux guerres mondiales, 242 étudiants soutinrent une thèse de mathématiques en France, et parmi eux, 5 femmes dont Marie-Louise Dubreil Jacotin. Elle fut la première femme mathématicienne à devenir professeur d’Université en France.

Guidée par son père, elle suit des études secondaires au Lycée Jules Ferry. Ce lycée est alors un des rares établissements pour jeunes filles qui, depuis 1914, les préparent au baccalauréat .

Marie-Louise est remarquée par sa professeure de mathématiques, Anna Cartan, sœur d’Élie. Elle obtient le baccalauréat, série mathématiques élémentaires, en 1924, et n’est pas intéressée par l’École normale supérieure pour jeunes filles de Sèvres. Son amie, Denise Coulom, fille du directeur du lycée Chaptal, réussit à l’y faire admettre, en classe préparatoire à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, réservée aux garçons. Reçue seconde au concours d’entrée, elle est rétrogradée en raison de son sexe  à la 21° place, qui lui permet seulement d’obtenir une bourse de licence. Une circulaire de 1912 interdit la rue d’Ulm aux filles !

Ses amitiés, ses démarches, une campagne de presse, et le soutien d’Edouard Herriot, normalien et ministre de l’instruction publique, en 1926, vont rétablir cette injustice, et du coup elle ouvre la voie à d’autres jeunes filles. Marie-Louise peut suivre en parallèle les cours de la faculté des sciences de Paris et les conférences de l’ENS. Elle y retrouve Jean Leray et Claude Chevalley. Nommée professeure agrégée en 1929, elle est intéressée par la mécanique des fluides, et obtient une bourse pour partir étudier à Oslo. De retour à Paris, elle épouse Paul Dubreil, alors boursier de la fondation Rockfeller, destinée à lui permettre de rencontrer les plus hauts centres de mathématiques européens.  Ensemble les Dubreil vont poursuivre des recherches à Hambourg, Francfort, Rome, Göttingen. Marie-Louise y rencontre Emmy Noether qui sera pour elle une sorte de modèle.

Remarquée par Tullio Levi-Civita, elle commence une thèse en mécanique des fluides, qu’elle soutiendra en 1934. Mais ses recherches désormais se situeront essentiellement en algèbre et théorie des nombres. 1936 est l’année de naissance de sa fille Edith, à Nancy, où Paul a obtenu un poste. On aurait pu imaginer que Marie-Louise puisse aussi y exercer, mais l‘université peine à reconnaître les travaux d’une femme, qui plus est épouse d’un collègue. Elle devra accepter un poste d’assistante, d’abord à Rennes, puis Lyon, de 1939 à 1941, puis Rennes à nouveau. En 1943 elle est enfin nommée professeure titulaire de la chaire de calcul différentiel et intégral à l’Université de Poitiers. Entre Lyon, Rennes, Poitiers, Nancy, qui plus est dans la France occupée, la vie familiale n’est pas simple. La petite Edith est élevée à Paris et Marie-Louise semble en accepter les difficultés et les risques, avec calme, comme prix du travail qui la passionne.

A Poitiers, elle a réunit autour d’elle une équipe d’algébristes, et, nommée directrice de recherche au CNRS en 1954-1955, elle obtient enfin un poste un poste à la faculté des sciences de Paris, où Paul exerce depuis 1946.

En collaboration avec son mari, ou avec Robert Croisot ou Léonce Lesieur, elle publiera de nombreux ouvrages sur l’étude des semi-groupes et structures algébriques.

Victime d’un accident de la circulation en 1972, elle décède cinq semaines plus tard d’un infarctus.

Jean Leray décrira sa détermination et soulignera qu’elle fut une pionnière, non par choix, mais par nécessité.

Indications bibliographiques :

DUBREIL Paul et  DUBREIL-JACOTIN Marie-Louise, Leçons d’algèbre moderne, Paris, Dunod, 1964, 2e éd.

 DUBREIL-JACOTIN Marie-Louise, LESIEUR Léonce et CROISOT Robert, Leçons sur la théorie des treillis des structures algébriques ordonnées et des treillis géométriques, Paris, Gauthier-Villars, 1953

DUBREIL-JACOTIN, Marie-Louise « Figures de mathématiciennes », in Les Grands courants de la pensée mathématique, Cahiers du Sud, 1948, Rivages, reéd. 1986.

LERAY Jean, « Marie-Louise Dubreil : 7 juillet 1905 – 19 octobre 1972 », Annuaire des Anciens Élèves de l’École Normale Supérieure (1972).


EL KAROUI – SCHVARTZ Nicole

De Wall Street à la City, Nicole El Karoui fait figure d’autorité, et cette grande spécialiste des probabilités est considérée comme une des pionnières dans le développement des mathématiques financières.

 Admise à l’école normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, en 1964, elle découvre les probabilités et décide que ce sera son domaine d’étude. Après son doctorat d’état en 1971 et quelques années d’enseignement à l’ENS Fontenay – Saint Cloud, elle prend en 1988 un semestre sabbatique à la Compagnie bancaire et découvre un nouvel univers. Elle s’intéresse alors aux mathématiques financières et ne tarde pas à créer, avec son amie Hélyette Geman une nouvelle filière d’enseignement.

Nicole El Karoui est actuellement co-responsable d’une formation de haut niveau en mathématiques financières au sein du master de probabilités et finances à l’Université Paris VI, Pierre et Marie Curie, en cohabilitation avec l’École Polytechnique. Cette formation attire les futur-e-s « quants » du monde entier, ces innovateurs de la finance souvent soupçonnés d’avoir joué le rôle d’apprentis sorciers. A contrario, lorsqu’on l’interroge, elle déclare militer pour que l’on forme les gens à mieux comprendre l’aléatoire, la mesure du risque, que les mathématiques n’imposent pas de modèles, et que ceux ci ne sont ni bons ni mauvais en eux-mêmes. Tout dépend de ceux et celles qui les utilisent.

Lors de sa promotion en tant que chevalière de la légion d’honneur en 2006, elle se déclarait « spécialiste de la variété culturelle, entre la Tunisie (pays de son mari) et la France ; entre la banque et les mathématiques». Elle a été promue au grade d’officier en 2019.

Indications bibliographiques :

EL KAROUI, Nicole, JEANBLANC, Monique, Les mathématiques et la crise financière, Images des mathématiques, CNRS, 2008.

KAHN, Annie, La Boss des maths, Le monde, 16 mai 2006.

A écouter : 

Emission “Les savantes”, France Inter, 7 juillet 2018 :

https://www.franceinter.fr/emissions/les-savantes/les-savantes-07-juillet-2018


GERMAIN Sophie (1776 – 1831)

Sophie Germain est née le 1er avril 1776 dans une famille de commerçants très aisés. Son père appartient semble-t-il à la bourgeoisie libérale instruite.

Timbre conçu par Edmond Baudoin 2016

En 1789, elle a 13 ans et elle racontera que, réfugiée dans la bibliothèque familiale pour « faire diversion à ses craintes », elle découvre au cours de ses lectures l’histoire d’Archimède qui tout entier absorbé par ses figures de géométrie, n’aurait même pas pris garde au glaive d’un soldat romain levé sur lui. Elle aurait alors décidé de se consacrer aux mathématiques qui pouvaient ainsi  permettre de s’abstraire du monde extérieur.

Elle explore alors la bibliothèque de son père et se met à étudier seule les mathématiques, y consacrant tout son temps, contre l’avis de ses parents inquiets de cette passion si peu féminine. Ceci ne décourage pas Sophie, et ses parents finiront par céder et la soutiendront même financièrement tout au long de sa vie.

En 1794 est créée l’Ecole centrale des travaux publics, qui deviendra l’Ecole polytechnique en 1795. Hélas pour Sophie, cette école est réservée aux garçons. La révolution a apporté peu de changement pour l’instruction des filles.

Sophie parvient à se procurer certains cours, empruntant le nom d’un élève qui a quitté l’école, et devient ainsi Auguste Leblanc. C’est sa première audace et le début de ce qui deviendra sa légende. Elle envoie à « l’illustrissime Lagrange », ses remarques sur son cours d’analyse. Le grand professeur est impressionné du niveau exceptionnel de cet Auguste Leblanc et demande à le rencontrer. Sa véritable identité est dévoilée, mais Lagrange admiratif, la prend sous son aile et va l’aider à progresser. Elle, l’autodidacte absolue, a dépassé le niveau des meilleurs élèves de Polytechnique.

La théorie des nombres, qu’elle découvre avec l’ouvrage d’Adrien Marie Legendre, « Essai sur la théorie des nombres », paru en 1798, est le domaine où elle s’investira avec passion. Une des premières lectrices du livre de Carl Gauss, « Disquisitiones arithmeticae » publié en 1801, elle en comprendra très vite la portée. Elle communique à Gauss ses premiers résultats sur la réciprocité quadratique et sur un sujet qui l’occupera toute sa vie, la résolution de la conjecture de Fermat : il n’existe pas de solution x, y, z en nombres entiers pour l’équation xn + yn = zn, à partir de l’entier n = 3. Une grande partie de ses travaux restera inconnue jusqu’à la fin du XX° siècle. Elle a réutilisé son pseudonyme de M. Leblanc, craignant que Gauss ne la considère comme une « femme savante » et non comme une mathématicienne à part entière. Ils échangeront 12 lettres entre 1804 et 1809. En 1806, les troupes de Napoléon se rapprochent de Brunswick, où demeure Gauss. Repensant au sort funeste d’Archimède, Sophie craint pour la vie de Gauss, et dépêche un général ami de son père pour le « sauver ». Le grand mathématicien découvre alors que M. Leblanc cache une jeune Sophie Germain. Il est très admiratif.

En 1809, l’Académie des sciences lance un concours sur la mathématisation de la vibration des surfaces élastiques.  Elle présentera successivement trois mémoires et en 1816, elle sera la première femme à remporter un prix de l’Académie. Elle se heurte violemment, à cette occasion à l’hostilité de certains savants et devra se battre pour pouvoir obtenir le droit d’assister aux séances de l’académie. Elle sera, là aussi, la première femme non épouse d’académicien. Elle continuera jusqu’à la fin de sa vie à travailler en mathématiques, apportant des résultats majeurs, hélas jamais publiés, mais aussi en philosophie. L’admiration que lui portera Auguste Comte permettra de la faire sortir de l’oubli, longtemps après son décès, en 1831, d’un cancer du sein.

Comme femme, elle aura été empêchée d’être vraiment intégrée au monde scientifique de la France de cette époque, et les reconnaissances arriveront trop tard.


GUIONNET Alice

Alice Guionnet  est entrée  en 1989 à l’École normale supérieure à Paris sans idée arrêtée de ce qu’elle souhaitait faire dans la vie ; elle a très vite découvert à quel point la recherche en mathématiques pouvait être passionnante et elle a commencé à travailler avec Gérard Ben Arous. Quatre ans plus tard  elle a obtenu un poste de chercheuse au CNRS puis soutenu sa thèse (« Dynamique de Langevin d’un verre de spin »). Elle est probabiliste et s’intéresse en particulier aux grandes matrices aléatoires, domaine auquel elle a fait faire des avancées considérables. Elle a travaillé avec de très nombreuses et nombreux collègues, parmi lesquels Sandrine Péché et Mylène Maïda. Son point d’attache est le Laboratoire de mathématiques de l’ENS Lyon ; elle en est depuis peu la directrice. Elle a reçu de nombreux prix (citons le prix Rollo Davidson en 2003 vingt ans après son directeur de thèse, le prix Loève en 2009, la médaille d’argent du CNRS en 2010 et bien d’autres un peu partout dans le monde). Tout récemment, en octobre 2018, l’Académie européenne des sciences lui a attribué la médaille Blaise Pascal en mathématiques —elle fait aussi partie de l’Académie des sciences, depuis 2017.
Elle a été invitée dans beaucoup d’universités et centres de recherches, y donnant parfois quelques cours et souvent de nombreuses conférences, de Saint-Flour à Singapour en passant par New York et Heilbronn et faisant de nombreuses conférences. Elle a été conférencière invitée au grand Congrès international des mathématiciens en 2006 à Madrid et a donné une conférence plénière au Congrès international de physique mathématique en 2009 à Prague. Car elle s’intéresse aussi à la physique, au modèle d’Ising entre autres !

Alice Guionnet est lauréate d’un ERC (Le Conseil européen de la recherche) Advanced Grant 2019 pour son projet Large Deviations in Random Matrix Theory.


JOHNSON Katherine (1918 – 2020)

Le premier astronaute américain qui fit le tour de la Terre fut John Glenn en 1961. Les calculs de la trajectoire de la mise en orbite de sa fusée Atlas avaient été confiés à un réseau d’ordinateurs. Mais Glenn a demandé que tous ces calculs soient vérifiés par Katherine Johnson en personne, à la main, avec un stylo, du papier et une calculatrice, déclarant : « si elle dit que c’est bon, j’y vais ! » Mais qui était donc cette Katherine Johnson en qui Glenn mettait toute sa confiance, bien plus que dans le plus moderne des ordinateurs ?

Katherine Coleman Johnson est née en 1918 en Virginie-Occidentale. Son père est fermier et travaille aussi dans un hôtel, sa mère est institutrice et la famille compte quatre enfants. Toute petite Katherine s’enthousiasme pour les mathématiques et les calculs : « je comptais tout ce que je voyais, les arbres, le nombre de pas pour aller à l’école, je calculais la hauteur des arbres ; et je ne pouvais pas attendre d’aller au lycée pour étudier l’algèbre et la géométrie » dira-t-elle dans son autobiographie[1]. Mais elle est noire et même si la Virginie-Occidentale n’est pas le pire des états ségrégationnistes le sort fait aux Noirs est terriblement pesant : dans son comté, l’enseignement public pour les enfants noirs s’arrête à 12 ans. Les Coleman veulent absolument que leurs enfants étudient, surtout Katherine dont ils ont compris les exceptionnels dons pour les sciences. Mère et enfants partent donc s’installer 200 kilomètres plus loin, à Institute, où Katherine pourra aller au lycée (situé sur le campus du « college[2] » public de Virginie-Occidentale) pendant que le père restera travailler à la ferme où la famille le rejoint l’été. Katherine travaille alors dans l’hôtel qui emploie son père… et elle y apprend le français qu’elle adore. Katherine va au lycée, obtient à quatorze ans ce qui chez nous serait le baccalauréat et est admise au « college », toujours à Institute, qui est l’un des rares établissements d’enseignement supérieur qui acceptent des étudiantes et étudiants noirs et jusqu’au niveau « bachelor » seulement (niveau licence, après quatre années d’étude). Au lycée elle a croisé un professeur, William Schieffelin Claytor, l’un des premiers Américains noirs à obtenir un doctorat en Mathématiques ; il l’a encouragée et s’est arrangé pour proposer un grand nombre de cours de mathématiques pour qu’elle puisse en profiter. Elle obtient le grade de « bachelor » en mathématiques et en français avec la mention « summa cum laude », à l’âge de 18 ans.

La seule carrière accessible à une femme afro-américaine diplômée est l’enseignement. Elle devient professeure de mathématiques, français et musique dans une école publique et se marie avec James Goble. Mais en 1939 un arrêt de la Cour Suprême des États-Unis oblige l’Université de Virginie-Occidentale à inscrire pour la première fois des étudiants noirs ; elle fera partie des trois étudiants admis. Néanmoins elle doit arrêter ses études de mathématiques dès la première année de master, après le premier semestre, car elle est enceinte. James et elle auront trois enfants et James mourra en 1956 d’une tumeur au cerveau.

En 1952, le National Advisory Committee for Aeronautics (qui deviendra plus tard la NASA) cherche des mathématiciennes pour le centre de recherches de Langley en Virginie. Katherine y sera embauchée comme « calculatrice humaine » (« human computer ») et plutôt « colored human computer » d’ailleurs. Elle analyse, par exemple, l’atténuation des rafales de vent pour les aéronefs. Certes elle calcule extraordinairement bien mais elle est surtout une remarquable mathématicienne. Elle a étudié la géométrie analytique ce qui lui permet de débrouiller des situations que les autres ne savent pas traiter. Elle a aussi beaucoup d’intuition et d’à-propos. Après le lancement de Spoutnik 1  par les Soviétiques en 1957, les Américains sont mortifiés et il faut mettre les bouchées doubles à la NASA pour sauver l’honneur. Les responsables de la NASA finissent par se rendre compte de son extraordinaire maitrise des mathématiques et du calcul. Elle travaille avec d’autres femmes, plus précisément dans un groupe de femmes noires qui sont traitées comme on traite à l’époque et les femmes et les Noirs, c’est-à-dire très mal. La nécessité pour la NASA de concurrencer les Soviétiques et d’utiliser au mieux les talents dont ils disposent, jointe au caractère décidé de Katherine, font que sa situation s’améliore ainsi que celles des autres employées.

En 1960 elle est la première femme à signer, avec Ted Skopinski, un rapport publié par la NASA sur les équations décrivant la trajectoire d’un vol spatial orbital. Il s’agit d’arriver à placer un satellite sur une orbite préalablement choisie. C’est ce type de calcul qui lui a valu la confiance de John Glenn et qui lui a permis de calculer la trajectoire des premiers hommes sur la Lune au moment où ils ont redécollé pour rentrer à la maison en 1969. Mais elle a eu beaucoup de mal à obtenir de participer aux réunions de planification de lancement des fusées. Elle a été la première femme à y participer.

En 1959 elle se remarie avec James Johnson dont elle prend le nom sous lequel nous la connaissons aujourd’hui. Ils élèveront ensemble ses enfants, vivant à Hampton près du centre de recherche de Langley.
Entre 1971 et 2019 Katherine reçoit de nombreuses récompenses. Barack Obama lui décerne la Médaille de la liberté en 2015, la plus haute plus haute récompense civile aux États-Unis. Elle reçoit un doctorat honoris causa de plusieurs universités, ainsi que bien d’autres prix parmi lesquels le Silver Snoopy Award en 2016 (oui, le Snoopy des Peanuts), qui récompense des actions remarquables concernant la sécurité des vols, et le De Pizan Honor[3] du Musée national d’histoire des femmes (américain) en 2014.
Si l’on parle beaucoup d’elle aujourd’hui, outre le fait qu’elle le mérite, c’est que Margot Lee Shetterly a écrit un livre[4] sur elle, dont Theodore Melfi a tiré un film[5] en 2016.
Elle s’est toute sa vie battue contre la ségrégation, contre l’exclusion des femmes, contre la « cafetière pour gens de couleurs » qu’elle était contrainte d’utiliser, ne pouvant pas partager celle des Blancs et contre un tas d’autres choses. Mais il serait désolant que cela fasse oublier qu’elle était extrêmement douée, avait appris beaucoup de mathématiques, avait des idées et savait les mettre en application : elle a été une remarquable mathématicienne !


[1] Katherine Coleman Johnson, Reaching for the Moon: The Autobiography of NASA Mathematician Katherine Johnson, Atheneum Books for Young Readers, Simon-Schuster, New-York, 2019.

[2]    Le « college » aux États-Unis est un établissement ayant 2 à 4 années d’enseignement supérieur après la fin du lycée.

[3]    Christine de Pisan (1634-1431), première femme occidentale à avoir écrit sur l’histoire des femmes et à avoir vécu de son travail d’écrivaine. Elle s’est aussi insurgée contre les préjugés sexistes de son temps.

[4]    Hidden Figures, traduit en français chez Harper Collins sous le titre « Les Figures de l’ombre ». Ce livre relate l’histoire de Katherine Johnson et de deux de ses collègues afro-américaines, Dorothy Vaughan et Mary Jackson. Notons que Claire Trébor a publié une biographie romancée de Katherine Johnson, « Combien de pas jusqu’à la lune », Albin Michel Jeunesse, 2019.

[5]    Le titre du film est le même que celui du livre, de même pour le titre du film en français. Le coproducteur du film est Pharrell Williams qui en a aussi écrit les chansons.


LIBERMANN Paulette (1919-2007)

Brillante élève au lycée Lamartine, à Paris, elle est admise à l’École normale supérieure de Sèvres en 1938. La physicienne Eugénie Cotton, qui en est alors la directrice, a pour ambition que les sévriennes puissent recevoir un enseignement du même niveau que leurs collègues masculins de la rue d’Ulm. C’est ainsi que Paulette Libermann aura comme enseignants Élie Cartan et André Lichnerowicz. Elle y fera aussi la connaissance de Jacqueline Ferrand, devenue en 1939 agrégée préparatrice.

En 1940 la législation antisémite de Vichy l’empêche de préparer l’agrégation, mais  Eugénie Cotton lui avait obtenu le droit de rester à l’École, où elle commence un travail de recherche sous la direction d’Élie Cartan. En 1942, elle doit se réfugier à Lyon avec toute sa famille et ne pourra réintégrer l’ENS de Sèvres qu’en 1944. Elle peut alors se présenter à l’agrégation.

Elle est d’abord nommée professeure à Douai, puis au lycée de jeune filles de Strasbourg. C’est là qu’elle fait connaissance avec Georges Reeb, René Thom et Charles Ehresmann, sous la direction duquel elle commence une thèse. Elle la soutient en 1953, devenant la première sévrienne titulaire d’un doctorat de mathématiques. Elle devient professeure d’Université à Rennes, puis à Paris, à partir de 1966.

Elle y anime un séminaire, d’abord avec Ehresmann, jusqu’en 1979, puis avec des collègues plus jeunes, jusqu’en 1990. Elle y invitait des personnalités déjà célèbres, mais aussi de jeunes mathématiciens et mathématiciennes alors encore peu connu-e-s.

Ses sujets de recherche sont nombreux et ses publications impressionnantes, de 1954 à 2007, en particulier dans sa spécialité, la géométrie différentielle. Elle a étudié des notions devenues plus tard fondamentales en géométrie symplectique : structures presque complexes, feuilletages lagrangiens, … Le livre de géométrie symplectique(1986–1987), qu’elle a écrit  avec Charles-Michel Marle, reste une excellente référence. Et elle fut invitée dans de nombreuses universités et centres de recherche dans le monde entier.

Elle a publié et participé à des séminaires jusqu’à la fin de sa vie, en 2007. Toutes celles et tous ceux qui l’ont côtoyée ont apprécié ses connaissances très étendues, son jugement très sûr et sa chaleur humaine.

Indications bibliographiques :

AUDIN Michèle,  Paulette Libermann, EuMS Newsletter 66 (Dec 2007)

KOSMANN-SCHWARZBACH Yvette, Hommage à Paulette Libermann (1919-2007), SMF Gazette 114 (Octobre 2007).

LIBERMANN Paulette, and MARLE Charles-Michel, Symplectic geometry and analytical mechanics, Dordrecht, Reidel Publishing Co., 1987.

 MARLE Charles-Michel, Hommage à Paulette Libermann (14 novembre 1919 – 10 juillet 2007), SMF Gazette 114 (Octobre 2007).


MIRZAKHANI Maryam (1967-2017)

Pour la première fois dans l’histoire, le 12 août 2014, une femme, Maryam Mirzakhani, a reçu la médaille Fields, la plus prestigieuse récompense en mathématiques. A cette occasion, l’Union mathématique internationale déclarait à son sujet : « Dotée d’un éventail très divers de techniques et de cultures mathématiques, elle incarne un équilibre rare entre une superbe compétence technique, une audacieuse ambition, une vision qui porte loin et une curiosité profonde. L’espace des modules-un de ses domaines de recherche-est un monde où de nombreux territoires attendent d’être découverts. Mirzakhani est destinée à rester à la pointe de cette exploration qui continue. »

Elle a grandi à Téhéran, où elle est admise au lycée Farzanegan, un établissement d’élite pour des filles aux talents exceptionnels. A 17 ans, en 1994, celle qui rêvait enfant de devenir écrivain, devient la première iranienne à remporter la médaille d’or aux Olympiades internationales de mathématiques, où s’affrontent les meilleurs lycéen-ne-s du monde. En 1995, lors de cette même compétition, elle établit « un score parfait ».

Après un premier cycle universitaire en mathématiques à Téhéran, elle poursuit ses études à Harvard, où elle soutiendra sa thèse sous la direction de Curtis McMullen, lui même médaillé Fields 1998.

 Depuis 2008, elle était professeure à Stanford, après avoir enseigné quelques temps à Princeton.

Ses travaux les plus remarquables sur les surfaces de Riemann et les espaces de modules relient plusieurs domaines mathématiques tels la géométrie hyperbolique, la topologie et les systèmes dynamiques.

Honorée de nombreux autres prix, dont le prix Ruth Lyttle Satter en 2013 et le Clay Research Award en 2014, elle aimait à souligner qu’il n’y a pas de domaine inaccessible aux femmes, et affirmait que beaucoup d’autres seront honorées de la médaille Fields dans le futur, car il y a de nombreuses jeunes mathématiciennes brillantes.

Elle est décédée à Stanford, le 15 juillet 2017, des suites d’un cancer du sein. Elle avait tout juste 40 ans. «Maryam est partie bien trop tôt mais son influence restera vivante à travers les milliers de femmes qu’elle a encouragées sur la voie des maths et des sciences», a déclaré à son décès le président de Stanford, Marc Tessier-Lavigne. Il saluait la mémoire d’une mathématicienne «ambitieuse, déterminée et intrépide face aux problèmes auxquels d’autres ne voulaient pas, ou ne pouvaient pas, s’attaquer».

Elle aura marqué l’histoire du monde mathématique et l’histoire des femmes, en particulier dans  son pays d’origine.

En 2020, un documentaire lui est consacré : Secrets of the Surface.

Indications bibliographiques : 

GHYS Etienne, Maryam Mirzakhani, médaille Fields 2014http://images.math.cnrs.fr/Maryam-Mirzakhani-medaille-Fields.html

KLARREICH Erica, « A tenacious explorer of abstracts surfaces », Quanta magazineSimons Foundation, 12 août 2014,  https://www.quantamagazine.org/20140812-a-tenacious-explorer-of-abstract-surfaces/

MCMULLEN Curtis, The work of Maryam Mirzakhani, Cambridge (USA), 2014,  http://www.math.harvard.edu/~ctm/papers/home/text/papers/icm14/icm14.pdf


PÉCHÉ Sandrine

Sandrine Péché est née en 1977, a soutenu sa thèse en 2003 à l’École polytechnique fédérale de Lausanne sous la direction de G. Ben Arous et son HDR (habilitation à diriger des recherches) en 2008 à l’institut Fourier de Grenoble. Elle a été maîtresse  de conférences à l’Université de Grenoble I jusqu’en 2011, et est aujourd’hui Professeure à l’université Paris-Diderot.
Un article publié sur « Image des maths », sans être très accessible, donne une bonne idée de sa recherche. Son mémoire d’habilitation  décrit aussi la diversité des applications de ses travaux.
Elle a été conférencière invitée à ICM Seoul 2014, ce qui, en soi, marque l’importance que le monde des mathématicien-ne-s accorde à ses travaux. Elle se situe elle-même à la frontière entre les probabilités et la physique mathématique, domaines sur lesquels elle a justement été invitée à intervenir à Séoul. Ses principaux thèmes de recherche sont centrés sur la théorie des matrices aléatoires de grande taille et ses applications.

Exposé de Sandrine Péché au Forum “Les mathématiciennes au regard de l’excellence”, IHP, 2014


POULBOT Agnès

Née en 1967 à Paris, Agnès aime les mathématiques et choisit de faire ses études à l’Ensimag (École nationale supérieure d’informatique et de mathématiques appliquées – groupe Grenoble INP). Elle soutient en 1993 une thèse en imagerie médicale au centre CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) de Grenoble. Elle devient ingénieure de recherche au CEA Grenoble, où elle a participé au développement d’un algorithme de reconstruction d’images destiné à la tomographie médicale. En 1996 elle est embauchée chez Michelin comme conceptrice de logiciels de simulation : son tuteur à son arrivée est Jacques Barraud (Cholet 1958-Puy-de-Dôme 2016), ingénieur et formateur.

En 2004, elle devient chercheuse au Centre de recherche et de technologies, toujours chez Michelin, à Ladoux, près de Clermont-Ferrand. Agnès Poulbot et Jacques Barraud travaillent ensemble pendant cinq ans pour inventer des pneumatiques plus performants et écologiques. En 2018 Agnès Poulbot est lauréate, avec Jacques Barraud, du Prix de l’invention européenne remis par l’Office européen des brevets, pour la conception de pneumatiques avec bande de roulement auto-régénérante, RegenionTM. En 2019 elle est élue  « Femme de l’automobile de l’année » par l’association WAVE (Women And Vehicles in Europe – Femmes et véhicules en Europe).

Le prix attribué par l’Office européen des brevets récompense la conception d’un pneu pour camions  qui permet d’améliorer les distances de freinage, d’augmenter la durée de vie des pneus et de diminuer la consommation de gazole des camions. L’idée est que lorsque le pneu s’use plusieurs couches d’usure apparaissent successivement, chaque couche faisant place à la suivante. Des calculs performants permettent de déterminer la structure de ces pneus et l’agencement des diverses couches.

Agnès déclare qu’il faut encourager les jeunes à faire des études scientifiques – surtout les filles !Elle dit qu’elle a toujours aimé les maths mais que dans sa pratique personnelle elle les voit surtout comme un outil indispensable. Elle dit aussi qu’elle aime travailler en équipe : dans les projets industriels auxquels elle participe il faut réunir des spécialistes de mathématique appliquées, des spécialistes du freinage, des gens compétents en mécanique, d’autres qui connaissent bien les matériaux (si le travail qui a conduit à la conception des nouveaux pneus était essentiellement mathématique, les matériaux utilisés ne sont pas du caoutchouc ordinaire mais des mélanges extrêmement sophistiqués). Elle dit encore qu’il ne faut jamais perdre courage, que la recherche c’est 90 pour cent d’échecs et 10 pour cent d’avancées, ce qui n’entame nullement sa joie de vivre.

Agnès et Jacques aimaient courir à pied ensemble dans la campagne autour de Ladoux. Mère de cinq enfants, Agnès aime résoudre en famille des jeux logiques et puzzles mathématiques.


VARAGNOLO Michela

Michela Varagnolo est maîtresse de conférences à l’Université Cergy-Pontoise. Elle a été conférencière invitée au congrès mondial de mathématiques ICM 2014.
En 2019, elle est co-lauréate avec Eric Vasserot du Prix fondé par l’Etat de l’Académie des Sciences, pour leurs travaux sur la théorie géométrique des représentations des algèbres de Hecke et des groupes quantiques.

Exposé de Michela Varagnolo au Forum “Les mathématiciennes au regard de l’excellence”, IHP, 2014


VOISIN Claire

Claire Voisin est une des plus brillantes mathématiciennes françaises, et sans aucun doute elle contribue au rayonnement et à la grande réputation de l’école française de mathématiques sur le plan international. Le CNRS qui lui a décerné sa médaille d’or 2016 la qualifie de « véritable ambassadrice française des mathématiques ». Cette récompense est l’une des plus hautes distinctions scientifiques françaises. Seules quatre femmes ont reçu cette médaille d’or depuis sa création en 1954. Déjà membre de l’académie des sciences dans la section des mathématiques depuis 2010, elle était la seconde mathématicienne à y avoir été nommée. Depuis le 2 juin 2016, elle est  titulaire de la chaire de mathématiques Géométrie algébrique au collège de France. Elle est ainsi la première mathématicienne à entrer dans ce prestigieux établissement.

Brillante élève, elle a découvert les mathématiques en s’amusant à résoudre des problèmes simples de géométrie avec son père, puis, au collège, en travaillant les cours de mathématiques de terminale de son frère. Elle est admise à l’Ecole normale supérieure de Sèvres en 1981, finalement plutôt intéressée à cette époque par la philosophie des sciences. « J’avais un a priori contre les maths à cause de l’enseignement en prépa. C’était un cursus très scolaire où l’on n’apprenait que des mathématiques mortes ». Grâce à certains professeurs, elle prendra finalement goût aux mathématiques les plus abstraites. Elle est agrégée de mathématiques en 1983,  puis soutient sa thèse en 1986 et sera aussitôt recrutée au CNRS. Ses travaux portent plus particulièrement sur la topologie, la géométrie algébrique complexe, la symétrie miroir, et la conjecture de Hodge (proposée par ce dernier en 1950 et qui est l’un des problèmes à un million de dollars de l’institut Clay). Dans sa spécialité, elle est venue à bout de deux conjectures résistantes : le problème de Kodaira et la conjecture de Green. Interviewée en 2006, elle insistait sur le fait que ce qui compte en mathématiques « c’est la liberté d’esprit et ce mouvement intérieur, ce travail souterrain et inconscient qui soudain se cristallise », ajoutant que « en mathématiques, l’aspect esthétique est très important ».

Elle a reçu de nombreux prix, dont le prix Sophie Germain en 2003, la médaille d’argent  du CNRS en 2006, le Ruth Little Satter prize en 2007, le Clay research award en 2008, lmédaille d’or du CNRS en 2016, le Prix Shaw en 2017.
En 2019, elle est lauréate du Prix L’Oréal-UNESCO pour l’Europe.

L’invitation dont elle a été honorée à une conférence plénière en 2010, au congrès international des mathématiciens, à Hyderabad, a constitué une véritable reconnaissance internationale.

Celle qui déclare que le plus important pour elle est d’ouvrir des questions et d’essayer de démontrer des conjectures non résolues, trouve le temps en compagnie de son mari lui aussi mathématicien de haut rang, de s’occuper de ses cinq enfants.

VOISIN, Claire, Théorie de Hodge et géométrie algébrique complexe, S. M. F., mars 2004.
VOISIN, Claire, Notices sur les travaux de Claire Voisin, septembre 2014,
http://webusers.imj-prg.fr/~claire.voisin

Réception à l’Académie des sciences,
http://www.academie-sciences.fr/academie/MEMBRE/VoisinC_extrait 2011